Bénéficiaire effectif : définition et seuil de 25 %

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Le bénéficiaire effectif est la personne physique qui contrôle réellement une société, directement ou indirectement. Le seuil légal est fixé à plus de 25 % du capital ou des droits de vote. Toute société immatriculée en France doit l'identifier et le déclarer — l'obligation ne s'éteint jamais, elle se met à jour à chaque changement d'actionnariat.

La définition légale

L'article L. 561-2-2 du Code monétaire et financier définit le bénéficiaire effectif comme la personne physique qui, en dernier ressort, contrôle l'entité ou pour le compte de laquelle une opération est réalisée.

L'article R. 561-1 précise les critères pour les sociétés. Est bénéficiaire effectif la personne physique qui remplit l'une de ces conditions :

  • elle détient, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital de la société ;
  • elle détient, directement ou indirectement, plus de 25 % des droits de vote ;
  • elle exerce, par tout autre moyen, un pouvoir de contrôle sur les organes de direction ou sur l'assemblée générale.

Deux points sont régulièrement mal compris.

Le seuil est « plus de 25 % », pas « 25 % ou plus ». Un associé détenant exactement 25 % n'est pas bénéficiaire effectif au titre du capital — sauf à remplir un autre critère.

Ce n'est jamais une personne morale. Si une holding détient 60 % de votre société, la holding n'est pas le bénéficiaire effectif : il faut remonter la chaîne jusqu'aux personnes physiques qui la contrôlent.

Détention indirecte : comment remonter la chaîne

C'est là que se concentrent les erreurs de déclaration, et c'est aussi le cœur d'une vérification KYB sérieuse.

Le calcul se fait par multiplication des pourcentages le long de la chaîne de détention.

  • M. A détient 100 % de la holding H, qui détient 60 % de la société S — Calcul : 100 % × 60 % = 60 % · Bénéficiaire effectif ? : Oui
  • Mme B détient 40 % de H, qui détient 60 % de S — Calcul : 40 % × 60 % = 24 % · Bénéficiaire effectif ? : Non (sauf autre critère)
  • M. C détient 50 % de H1 et 50 % de H2, chacune détenant 30 % de S — Calcul : (50 % × 30 %) + (50 % × 30 %) = 30 % · Bénéficiaire effectif ? : Oui

Le troisième cas illustre un piège fréquent : les participations détenues via plusieurs véhicules se cumulent. Analyser chaque branche isolément conduit à ne déclarer personne alors qu'un bénéficiaire effectif existe.

Autre subtilité : le démembrement de propriété. En cas d'usufruit et de nue-propriété séparés, l'usufruitier dispose généralement des droits de vote aux assemblées ordinaires, le nu-propriétaire aux assemblées extraordinaires. Les deux peuvent devoir être déclarés selon la répartition statutaire.

Le pouvoir de contrôle, troisième critère

Le critère le plus souvent oublié est aussi le plus large. Une personne physique peut être bénéficiaire effectif sans détenir une seule action, si elle exerce un contrôle de fait.

Les situations visées :

  • un pacte d'associés conférant un droit de veto sur les décisions stratégiques ;
  • le pouvoir statutaire de nommer ou révoquer la majorité des dirigeants ;
  • une convention de vote organisant une majorité de contrôle ;
  • une influence dominante exercée en vertu de dispositions contractuelles.

Ce critère est d'application délicate : il suppose de lire les statuts et les pactes, pas seulement la table de capitalisation.

Quand aucun bénéficiaire effectif n'est identifiable

Certaines sociétés n'ont, au sens des critères ci-dessus, aucun bénéficiaire effectif : capital très dispersé, coopératives, sociétés à actionnariat éclaté sans pacte de contrôle.

Dans ce cas, la loi impose une solution de repli : le ou les représentants légaux — président, gérant, directeur général — sont déclarés comme bénéficiaires effectifs.

Attention, c'est un mécanisme subsidiaire, pas une facilité. Déclarer le dirigeant alors qu'un associé dépasse 25 % constitue une déclaration inexacte, sanctionnée comme une absence de déclaration. C'est l'erreur la plus fréquente relevée par les greffes.

Qui est concerné par l'obligation

L'obligation pèse sur toutes les entités immatriculées au registre du commerce et des sociétés :

  • les sociétés commerciales — SAS, SASU, SARL, EURL, SA, SNC ;
  • les sociétés civiles — SCI, SCP, SCM ;
  • les GIE et les associations immatriculées au RCS ;
  • les succursales de sociétés étrangères établies en France.

Les entreprises individuelles et les micro-entreprises en sont dispensées : sans personnalité morale distincte, la question du contrôle ne se pose pas.

Ce que l'AML6 change à partir de 2027

Le paquet européen AML6, applicable au 10 juillet 2027, maintient le seuil de 25 %. Les évolutions portent ailleurs :

  • interconnexion des registres nationaux à l'échelle européenne, ce qui simplifie la remontée d'une chaîne de détention transfrontalière ;
  • accès conditionné à un intérêt légitime pour le public, présumé pour les journalistes, ONG et chercheurs ;
  • conservation des données cinq ans après la dissolution de l'entité.

Pour les entités assujetties à la LCB-FT, la conséquence pratique est que l'identification du bénéficiaire effectif devient vérifiable de manière homogène dans les 27 États membres — là où il fallait jusqu'ici composer avec 27 registres aux règles différentes.

Les erreurs qui coûtent cher

  • Déclarer le dirigeant alors qu'un associé dépasse 25 % — Déclaration inexacte : 6 mois d'emprisonnement et 7 500 € d'amende (art. L. 574-5 CMF)
  • Ne pas remonter la chaîne à travers une holding — Bénéficiaire effectif omis, même sanction
  • Oublier de cumuler les participations détenues via plusieurs véhicules — Sous-déclaration
  • Ne pas mettre à jour après une cession de parts — Registre non conforme, blocage à l'ouverture de compte

Pour les personnes morales, l'amende est quintuplée. S'ajoutent des peines complémentaires, dont l'interdiction de gérer.

Au-delà de la sanction pénale, l'effet le plus immédiat est opérationnel : une banque, un investisseur ou un donneur d'ordre qui ne parvient pas à établir votre bénéficiaire effectif bloque le dossier. Ouverture de compte refusée, levée de fonds ralentie, référencement fournisseur suspendu.

Questions fréquentes

Le seuil est-il de 25 % ou de plus de 25 % ?

Plus de 25 %. Une détention de 25 % exactement ne suffit pas à elle seule.

Une société peut-elle être bénéficiaire effectif ?

Non. Seule une personne physique peut l'être. Il faut remonter la chaîne de détention jusqu'à elle.

Peut-il y avoir plusieurs bénéficiaires effectifs ?

Oui, sans limite de nombre. Toutes les personnes physiques remplissant un critère doivent être déclarées.

Que faire si personne n'atteint 25 % ?

Vérifier d'abord le critère du pouvoir de contrôle. Si aucun ne s'applique, déclarer le ou les représentants légaux.

L'AML6 modifie-t-elle le seuil de 25 % ?

Non. Le seuil reste inchangé ; ce sont les modalités d'accès aux registres et leur interconnexion qui évoluent.

Pour aller plus loin : comment déclarer vos bénéficiaires effectifs et comment consulter le registre.

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Auteur
Dataleon

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