
Le Code monétaire et financier ne demande pas le même effort pour tous les clients. Il impose une approche par les risques : plus le risque est élevé, plus la vigilance est intense. Trois niveaux existent — simplifiée, normale, renforcée — et le niveau appliqué à chaque client doit découler de votre classification des risques, pas d'une appréciation au cas par cas.
Avant d'attribuer un niveau à un client, il faut savoir ce qui, dans votre activité, présente quel risque. La classification croise quatre dimensions :
Ce document est le premier qu'un contrôle demande. Un dispositif qui applique des niveaux de vigilance sans classification écrite est considéré comme non conforme, même si les décisions prises sont bonnes.
Quand : lorsque le risque est faible et que vous pouvez le démontrer. Ce n'est pas un choix de confort, c'est une conclusion de votre classification.
Les cas typiques : sociétés cotées sur un marché réglementé et soumises à des obligations de transparence, autres entités assujetties elles-mêmes supervisées, autorités publiques, produits à usage très encadré et à faible montant.
Mesures : vous pouvez réduire l'intensité — différer la vérification dans un délai borné, alléger les pièces demandées, espacer les mises à jour.
Ce qui ne disparaît jamais : l'identification du client, la vigilance sur les opérations et l'obligation de déclaration de soupçon. La vigilance simplifiée allège, elle ne supprime pas.
C'est l'erreur la plus sanctionnée du dispositif : traiter « simplifiée » comme « dispensée ».
Quand : c'est le régime par défaut. Tout client qui ne relève ni du risque faible démontré ni du risque élevé.
Mesures : identification et vérification sur pièce probante, identification des bénéficiaires effectifs pour les personnes morales, connaissance de l'objet et de la nature de la relation, vigilance continue sur les opérations, mise à jour périodique du dossier.
C'est le niveau qui couvre la grande majorité des clients, et celui dont les procédures doivent être les plus industrialisées.
Quand : dans des cas où la loi l'impose, et dans ceux que votre classification identifie comme risqués.
Les cas imposés incluent notamment :
Mesures : recueil d'informations supplémentaires sur le client et l'origine des fonds, examen renforcé de l'opération et de sa justification économique, décision d'entrée en relation prise à un niveau hiérarchique supérieur, surveillance rapprochée et mise à jour plus fréquente.
Le dernier point est souvent oublié. En vigilance renforcée, l'entrée en relation n'est pas une décision d'analyste.
Le règlement applicable au 10 juillet 2027 conserve les trois niveaux mais modifie leur usage sur quatre points.
Une proportionnalité plus fine à l'intérieur de chaque niveau. Il ne s'agira plus de choisir entre trois blocs, mais de moduler les mesures dans le niveau retenu.
Le risque de sanctions devient un facteur de risque. L'exposition aux sanctions financières internationales entre dans l'appréciation, et ne se traite plus comme un filtre binaire à part.
Les délais sont chiffrés. Le règlement fixe des intervalles maximaux de mise à jour des dossiers selon le niveau de risque, là où le droit actuel laisse une marge d'appréciation.
Les pays tiers sont reclassés en trois catégories — carences stratégiques importantes, carences de conformité, menace spécifique et sérieuse — chacune appelant des mesures distinctes.
Un point à anticiper : l'élargissement de la définition des PPE aux élus locaux de collectivités de plus de 50 000 habitants et à la fratrie des plus hauts dirigeants va augmenter mécaniquement le volume de clients en vigilance renforcée. Si votre dispositif est déjà tendu, il le sera davantage.
Qui décide du niveau de vigilance ?
L'entité assujettie, à partir de sa classification des risques. Ce n'est pas une appréciation libre : elle doit être justifiable.
La vigilance simplifiée dispense-t-elle d'identifier le client ?
Non. Elle allège les modalités, jamais le principe.
Un client peut-il changer de niveau ?
Oui, et il le doit dès qu'un élément nouveau modifie son profil de risque.
La vigilance renforcée est-elle obligatoire pour les PPE ?
Oui, et l'AML6 élargit la définition des PPE à partir de 2027.
Que risque-t-on à appliquer le mauvais niveau ?
Un manquement à l'obligation de vigilance, sanctionné par l'autorité de contrôle, indépendamment de la survenue d'un blanchiment.
Pour aller plus loin : LCB-FT : définition et obligations et la déclaration de soupçon.